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5 façons d’envisager le conflit à Gaza.

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Cohen et Bokassa

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Un article déjà ancien paru dans Esprit sur l’affaire Dieudonné qui fait recension d’un ouvrage sur la question (La vérité sur Dieudonné, Plon). Le livre et l’article datent de 2005 mais on y voit poindre la situation d’aujourd’hui et même apparaître l’ancêtre de la « quenelle » qui n’était encore qu’un bras d’honneur (L’imagerie sexuelle et plus spécifiquement la sodomie sont des figures obsédantes de l’antisémitisme, ce qui explique aussi ses liens avec l’homophobie ou la domination masculine, comme si le politique se résumait à deux options possibles : mettre ou se faire mettre. Voir à ce propos et par exemple les pamphlets de Céline hantés par cette menace de dévirilisation). Ce que rapportent à la fois le livre d‘Anne-Marie Mercier et l’analyse d’Olivier Mongin de manière éclairante pour ne pas dire prophétique, c’est un parcours, une dérive qu’il est intéressant de retracer. Puisque Dieudonné fait pratiquement allégeance au régime de Vichy et à la figure de Pétain, rappelons, pour souligner qu’on ne naît pas antisémite mais qu’on le devient, que Laval fut lui le plus jeune député socialiste de la 3e pour finir comme on sait. Ce parcours, commencé avec la lutte contre le FN et l’antiracisme, touche aujourd’hui à son terme en allant au bout d’une logique du pire où l’on voit l’humoriste devenu imprécateur mielleux, qui jadis se moquait d’un « Bokassa » promettant de « finir le boulot » à un « Cohen » (joué par Elie Semoun), menacer de façon à peine voilée un Patrick Cohen bien réel (l’animateur de la matinale de France Inter) du sort de ceux qui périr dans l’horreur nazie. L’article vaut aussi par une analyse de la posture spécifique prise par lui comme noir. On situe souvent le racisme du côté de la domination d’une race sur l’autre, de la suprématie de supposés « surhommes » sur de supposés « sous-hommes » comme dans l’idéologie du 3e Reich. Mais l’antisémite se vit aussi, surtout, dans un renversement qui est au cœur de la jouissance victimaire, comme dominé, comme celui qui souffre vraiment. Les débats juridiques ou politiques en cours sur la bonne tactique à adopter face à lui s’expliquent par la fait qu’on sent bien qu’il recycle sans cesse le rejet qu’il suscite et la volonté de le faire taire comme autant de preuves qui lui donnent raison. On pourrait retourner à Dieudonné ses arguments et lui demander pourquoi, comme il le dit de ceux qui entendent garder mémoire d’un crime que rien ne réparera, « il fait sa pleureuse » en invoquant à l’envi la traite des noirs, le sort des Palestiniens ou la stigmatisation des populations issues de l’immigration. Ce serait aller sur son terrain, celui d’un concurrence malsaine entre les souffrances alors que ni Auschwitz ni Gorée ne se justifient ni ne s’expliquent l’un l’autre. La vraie faute de Dieudonné, ce n’est pas seulement de ne pas comprendre que la mémoire est la seule réparation à la destruction des Juifs d’Europe et qu’il n’y en aura aucune autre, de nier le déporté une deuxième fois en se moquant de lui, c’est aussi d’enrôler toutes les victimes : l’esclave, l’immigré, le paria, au service du même racisme anti-juif, véritable et dangereuse passion qui a soif de donner au mal un seul visage, et au fond de traiter comme autant de moyens au service de cette haine toutes les causes qu’il prétend défendre.

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Sémantique de la famille

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Un débat qui se déplace de l’alliance à la filiation

Sur la question du mariage pour tous, le débat en cours, pour confus ou caricatural qu’il soit souvent, a au moins l’avantage de dessiner un consensus sur un point, celui qui a trait à la question de l’égalité des droits, sociaux, fiscaux et patrimoniaux attachés à l’union de deux personnes du même sexe. Il faut aller chercher au beau milieu des manifestants de Civitas la perduration de la remise en cause de ces droits alors même qu’ils furent âprement discutés lors du débat sur le PACS. Et même si nombreux sont ceux qui réservent leur jugement personnel sur cet état de fait – toute la France, on le voit, n’est pas devenue subitement gay friendly- chacun s’entend au fond, même si c’est quelquefois par calcul, sur l’idée que cela concerne au premier chef les deux du couple qui entendent contracter. L’ultime réserve nominaliste sur ce point prend la forme de la proposition d’une « union civile » qui préserverait le « mariage » dans sa sacralité républicaine hétérosexuelle. Les tenants de la « Manif pour tous », qui, sous cette appellation a-partisane, réunit des sensibilités différentes, mais plutôt à droite ou au centre et plutôt religieuses, ont bien compris que la question de la famille, de l’association de l’alliance et de la filiation, était le véritable angle d’attaque par lequel tenter de renverser une opinion initialement plutôt favorable.  C’est donc la question de l’enfant, au-delà du couple, qui est désormais, et à juste titre, au centre de la dispute. Il faut donc bien situer sur ce plan le débat et pour défendre l’idée du mariage gay et de l’homoparentalité, défendre la pluralité des modèles familiaux contre une conception par trop normative de la famille.

Modèle familial unique ou pluralité des modèles familiaux ?

Deux conceptions s’affrontent en effet. La première définit la famille dans une approche prototypique[1]. Il y a UN modèle familial, fondé sur l’hétérosexualité, ici d’ailleurs sciemment confondue avec la différence sexuelle, sur le seul lien procréatif biologique et sur le couple reposant sur un DEUX transcendant. Ce modèle est érigé en norme et toutes les autres formes de familles de fait sont considérées comme des formes périphériques, secondaires, accidentelles et seulement partiellement conformes au paradigme qui définit l’appartenance à la catégorie « famille ». Ce qui permet de stigmatiser ou d’exclure des formes perçues comme trop atypiques. En effet, l’arrière plan psychologique de cette conception est qu’il y a des degrés de perfection dans la façon de faire famille, voire des appariements sociaux, associant pourtant alliance et filiation, qui se situeraient en dehors même de l’idée de famille et ne mériterait pas de pouvoir entrer dans le cadre protecteur de la loi, comme par exemple aujourd’hui les familles homoparentales. Ce modèle, qui fonde la filiation  sur une conjonction idéalisée entre parenté génétique de conception, parenté utérine de gestation (remise en cause par la GPA à l’étranger) et parenté sociale d’éducation,  fait fi de l’extraordinaire évolution du modèle familial, de sa complexification et de son éloignement progressif du patriarcat qui en était le fondement véritable, assignant à l’homme et à la femme des rôles sexuels, familiaux et sociaux indépassables, car donnés comme naturels. Michel Serres a ainsi heureusement rappelé combien la Sainte Famille mettait déjà à mal cette figure prototypique, en brisant le lien biologique, en introduisant du tiers par la conception auriculaire et en figurant une double paternité, sociale et toute humaine avec Joseph, père putatif ou premier beau-parent et bien sûr divine avec un Père éternel pour le Fils de l’Homme.

Au contraire, les tenants du mariage pour tous (i.e. sans jouer sur les mots, le mariage pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels) ont eux une définition plus large de la famille. Si l’anthropologie leur donne raison par la variété des structures de la parenté relevées dans les différents groupes humains, ce qui n’exclue pas évidemment des structures communes comme la différence sexuelle et la prohibition de l’inceste, c’est l’ensemble des évolutions juridiques quant à la définition de la famille en droit français qui justifie cette conception. Ainsi Irène Théry parle-t-elle d’  « une révolution de velours juridique » concernant le droit de la famille et le mariage : « Depuis 1912 le mariage n’est plus la seule institution fondatrice de la paternité ; depuis 1972 il n’est plus le socle de la seule famille juridiquement reconnue, les droits et devoirs des enfants et des parents sont exactement les mêmes que ces derniers soient ou non mariés ; depuis 2002 les devoirs de coparentalité survivent au divorce des époux ; et enfin depuis 2005 nous avons purement et simplement effacé du Code civil la distinction entre filiation légitime et naturelle, qui était autrefois le grand principe organisateur de tout le droit de la famille. ». C’est cet ensemble de mutations inscrites peu à peu dans la loi et liées à la fois à la montée de l’individualisme contemporain, à l’émancipation féminine, aux progrès de la science (contrôle des naissances, diminution de mortalité infantile, etc.), à l’allongement de l’espérance de vie, qui sont globalement niées par ceux qui défendent UN modèle familial unique qui donnerait droit à la reconnaissance institutionnelle que constitue le mariage, faisant verser tous les autres dans l’anomalie. Pourtant le mariage n’est plus la forme unique donnée à la famille ni même son fondement et c’est dans ce cadre qu’il devient non plus une institution valable pour tous mais une forme parmi d’autres d’appariement et un droit également disponible pour chacun.

La transcendance du biologique

Pour les tenants de la famille prototypique, le primat accordé à la parenté biologique tient en lisière les familles homoparentales et partant  les familles adoptives  (entièrement fondées sur la disjonction entre parents géniteurs et parents sociaux), toujours soumises à  des jugements qui oscillent entre  l’acte charitable et le vol d’enfants ou celles qui ont fait appel à l’IAD (fondées sur la disjonction entre un des parents sociaux et un des parents biologiques, le double don étant prohibé). Pour ces dernières, la question du secret des origines, qui perdura longtemps en masquant le tiers donneur génétique, est à comprendre comme  une forme de préservation d’un modèle idéal et par là même factice (voir sur ce point la tribune de René Frydman dans le Monde du 11 janvier). Ce qui indique d’ailleurs comment ce modèle familial unique est en réalité à la fois maintenu et déconstruit par les arrangements juridiques qui, au-delà du biologique, organisent la filiation et se trouvent au cœur de l’institution du mariage depuis bien longtemps, avec au premier chef  la présomption de paternité, chère au doyen Carbonnier, qui permit naguère à bon nombre d’enfants d’avoir un père qui n’était pourtant pas le leur. Pour ceux qui au contraire n’entendent pas discriminer au sein des modèles familiaux,  la famille n’est pas exclusivement ou seulement biologique comme on le voit avec la propension qu’ont les familles adoptives ou les familles ayant fait appel l’IAD, homosexuelles ou hétérosexuelles, à  assumer toujours plus la réalité de ce qui les fondent et la manière dont elles sont portées à faire droit aux demandes d’accès aux origines qui se sont fait jour chez leurs enfants, en cessant donc de « singer la nature » comme le disait en parlant de l’adoption celui qui donna son nom au Code civil .

La transcendance du Deux

Pour les amis de Frigide Barjot et du cardinal Barbarin (quel attelage !), le primat accordé à la transcendance du 2 qui fonderait indépassablement la famille, met « naturellement » à distance les couples séparés ou divorcés qui élèvent leurs enfants sans faire vie commune et les familles recomposées qui associent plusieurs adultes dans l’éducation d’enfants dont ils ne sont pas tous les parents biologiques,  les beaux-parents dans le cas de la garde partagée par exemple. De même sont considérées comme non conformes au modèle, les familles monoparentales, biologiques ou  issues de l’adoption par des personnes célibataires,  qui reposent sur une seule figure parentale et bien sûr les familles qui font appel l’IAD, qui introduit du tiers en distinguant le géniteur du parent. Pour ceux qui au contraire entendent que l’engagement 31 de François Hollande soit tenu,  la famille ne repose pas exclusivement sur le 2 du couple et la conjugalité, ce qui peut justement rendre nécessaire (inscription d’un enfant dans la filiation) ou souhaitable (reconnaissance sociale) leur institutionnalisation par le mariage pour ceux qui le souhaitent. La conjugalité et la filiation s’articulent, mais ne se présupposent plus. Les familles monoparentales, essentiellement féminines, se comptent par millions et, si elles rencontrent souvent des difficultés économiques spécifiques et ne sont pas toujours voulues comme telles, sont considérées aujourd’hui comme des foyers à part entière. L’ancienne partition entre les femmes mariées et les autres (filles mères, filles de joie) est caduque depuis longtemps.  La possibilité pour un célibataire d’adopter seul est inscrite dans la loi et l’on constate au quotidien que nombre d’enfants sont élevés socialement  par différents  adultes qu’ils peuvent considérer comme leur famille sans pour autant confondre parents et beaux-parents. Au lieu donc de réserver le cadre de la loi et les garanties de l’institution à un modèle unique, en partie imaginaire, il s’agit de faire évoluer le code pour y inscrire la réalité et l’égalité de ces différents liens possibles. Il ne s’agit plus de préserver un modèle idéal de la famille en lui réservant  l’institution du mariage qui deviendrait alors  sont ultime rempart mais au contraire d’offrir à chaque famille un ensemble de solutions  portant sur l’alliance  (mariage, pacs, union libre) et sur la filiation (adoption, IAD) et sur l’articulation des deux (accès aux origines, adoption de l’enfant de son conjoint)

La transcendance de l’hétérosexualité

Le primat enfin de l’hétérosexualité met bien sûr à l’extérieur de la catégorie les familles homosexuelles, que ce soit les couples lesbiens ayant fait appel à l’IAD officielle (à l’étranger) ou non et les modèles de coparentalité homosexuelle, mais aussi les familles monoparentales qui ne se conforment pas non plus d’une autre façon à l’impératif catégorique  des genres dissemblables. La question du droit de l’enfant est fréquemment invoquée par ceux qui considèrent qu’ils seraient a priori bafoués dans une famille homoparentale et qui nient que le désir d’enfants, communs à de nombreux êtres humains quelle que soit leur orientation sexuelle, y soit légitime. Mais au nom de quoi l’orientation sexuelle interdirait-elle l’accès à l’enfant ?  Pourquoi la société ne pourrait-elle pas confier un enfant à un couple homosexuel ou l’aider par la PMA à en avoir un ? De fait nombre de familles bien réelles fonctionnent  indépendamment de l’orientation sexuelle des parents ou de leur sexe. On note en effet, sur la base d’un grand nombre d’études internationales, que les enfants de couples homosexuels ont bien le sentiment d’appartenir à une « vraie » famille et qu’hormis des effets de stigmatisation sociale que la loi vise justement à éradiquer, l’homoparentalité ne constitue pas un handicap. Le fait que l’adoption par un célibataire est possible en droit, indique par ailleurs que le législateur n’a pas considéré comme indispensable  la coprésence des deux genres ou plutôt qu’il a considéré que cette coprésence n’était pas assurée exclusivement par la figure du père ou de la mère, mais structurellement présente dans l’espace social et familial élargi à travers de multiples figures alloparentales des deux sexes. Enfin, sur la question d’un éventuel  mensonge envers  leur enfant quant à leur origine ou à la différence sexuelle dans le cas l’IAD, dissimulation pourtant courante chez les couples hétérosexuels infertiles, la configuration homosexuelle évite toute forme d’hypocrisie sur la forclusion du tiers donneur, qu’elle oblige d’une certaine façon à repenser.

Quelle définition pour la famille ?

La définition même de la catégorie « famille » est  donc bien l’enjeu sous-jacent de ce débat et le fond axiologique sur lequel il se déploie. Soit on considère qu’il existe une entité qui représente le meilleur exemplaire  de cette catégorie, ici la structure nucléaire, biologique, hétérosexuelle, tous les autres types de famille étant évalués sur la base d’une plus ou moins grande ressemblance avec ce modèle, soit au contraire on considère que toutes les formes familiales ont un statut équivalent et sont également représentatives, ce qui leur confère les mêmes droits et par exemple celui au mariage. Cela suppose de prendre acte de la disjonction possible et déjà ancienne entre sexualité et reproduction (IAD) et entre conjugalité et parentalité (divorce) dans la famille hétérosexuelle pour ne pas faire de la question de l’homoparentalité, de la parentalité adoptive ou de la parentalité fondée sur la PMA le dernier bastion d’un ordre bel et bien caduc. Le fondement de la famille se déplace de la logique biologique et institutionnelle  vers celle du désir, de l’engagement et de la volonté, ce qui n’interdit pas de reconnaitre au biologique sa dimension fondatrice (cf. l’accès aux origines) et au  mariage son rôle qui évolue de l’ordre symbolique collectif à l’ordre juridique interindividuel. L’éthique de conviction qui caractérise ceux qui vénèrent un modèle familial unique et  préfèrent priver de certains droits des enfants bien réels s’oppose dans ce débat à l’éthique de responsabilité de ceux qui  songent d’abord à l’intérêt des enfants nés dans des familles homoparentales, les uns ne souhaitant pas instituer ce qui pour eux demeure exogène à leur conception de l’ordre social, les autres préférant faire droit à une réalité depuis longtemps en germe dans les textes de loi et dans les mœurs.


[1] La sémantique du prototype définit une catégorie par la plus ou moins grande ressemblance avec un prototype, un modèle idéal. Ainsi on dira que pour la classe des oiseaux, le moineau est plus prototypique que l’autruche. Cette conception s’oppose à une approche plus classique des catégories où chaque individu appartient à la catégorie s’il partage un certain nombre de traits définitoires.

Petite sémiotique de la famille Comilfaut

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La laïcité dans la rue : faut-il interdire le voile et la kippa dans l’espace public ?

 

 

Il est primordial de rappeler les principes de la laïcité, surtout quand ils sont  détournés par un discours partisan comme celui de la laïcité d’exclusion du Front national. Il nous semble que le texte de 1905 vise à un certain équilibre entre différents principes : la liberté de conscience et le libre exercice et l’égalité de tous les cultes d’une part, la séparation des églises et de l’État et sa neutralité en matière religieuse d’autre part. Il faut rappeler aussi que la laïcité ne vise pas à la sécularisation de la société, mais à la coexistence de toutes les croyances ou absences de croyances sous la loi commune. Les débats de 1905 qui furent houleux portèrent d’ailleurs sur la soutane des prêtres et ceux-ci conservèrent la liberté de la porter dans la rue grâce à Aristide Briand.

La proposition de Marine Le Pen  outrepasse  largement l’esprit de la loi de 1905 (qui fait de la liberté de conscience sa première phrase et du libre exercice des cultes sa deuxième) et est contradictoire avec d’autres textes dont la France est signataire. La religion a une dimension individuelle et une dimension collective que la République n’a pas vocation à entraver. La liberté de conscience n’est pas seulement propre au for intérieur et à l’espace privé, mais a une dimension rituelle et sociale reconnue. Elle est clairement associée au droit de « manifester sa religion ou conviction, tant en public qu’en privé ».

Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Constitution, article 1

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

S’il faut effectivement défendre la neutralité de l’État, de ses représentants, de certains espaces spécifiques comme l’école, la distinction radicale entre les deux sphères du privé  et du public, nous paraît excessive et attentatoire à la liberté de conscience. Si on entend par « public », ce qui touche à la chose publique (la res publica), les choses sont claires et l’on en vient à l’affirmation de neutralité de l’État. Mais la notion  peut-être aussi utilisée avec une extension beaucoup plus large et fautive à nos yeux, qui finit par désigner l’espace social commun dans son ensemble. Ce glissement nous paraît dangereux et peu favorable à l’idée d’assurer la coexistence des différentes croyances et convictions. L’idée d’une imperméabilité absolue de ces deux sphères comme le fantasme d’une éviction de toute manifestation du religieux dans cet espace public (au sens de ce qui est accessible à tous, ouvert) que propose Marine Le Pen, construit une laïcité de l’exclusion qui se trahit elle-même.

Pour garantir pleinement la liberté de conscience, on ne peut cantonner le religieux au seul domicile et aux lieux de culte. La société civile, entre l’État et la vie privée, est un espace dans lequel des groupements religieux, spirituels ou séculiers doivent pouvoir s’affirmer (par la tenue par exemple) et s’exprimer en liberté, fût-ce pour dire le pire comme le fit récemment le primat des Gaules à propos du mariage pour tous.

Congrès PS de Toulouse : pourquoi je signe la motion « Toulouse, Mon Congrès »

Je ne le fais pas pour mettre en cause le programme politique de François Hollande dont j’ai soutenu, comme beaucoup d’autres militants, la candidature aux primaires puis aux présidentielles et dont l’élection m’a profondément réjoui. Trouver l’équilibre entre sérieux budgétaire (la dette nous tue), stratégie de relance (l’austérité nous tue) et justice sociale (l’inégalité croissante nous tue) ; continuer à faire l’Europe, ce qui suppose de discuter avec l’Allemagne même si elle n’est pas (encore) socialiste  ; négocier au mieux une transition énergétique au sein d’une crise économique ; réformer l’école pour qu’elle assure mieux l’égalité des chances en prenant davantage en compte l’inégalité des places ; permettre aux nouvelles générations de s’installer dans la vie sans maltraiter celles qui les précèdent, sont des tâches difficiles, parmi beaucoup d’autres, et qui appellent tout notre soutien.

Je ne le fais pas non plus pour remettre en cause Harlem Désir comme probable 1er secrétaire, si mes camarades votent bien, c’est-à-dire comme on le leur demande. Ceux-là mêmes qui se sont entendus sur sa désignation ne paraissent pas lui prêter les qualités d’un chef de parti et semble vouloir prolonger son intérim en lui donnant un  rôle putatif mais c’est à lui de se révéler. On a bien vu des gens réputés « mous » capables de montrer du nerf et de la volonté. D’abord opposé aux primaires, il a su en être l’arbitre tout comme celle à qui il succède, a fini par rendre possible, avant d’y participer comme candidate, ce tournant historique qui éclaire heureusement son mandat. Quelles qu’aient été leurs réserves initiales, qu’ils soient remerciés d’y avoir consenti.

Je ne le fais pas même pour m’offusquer que, à travers de longues tractations dignes d’un conclave et une savante pesée des courants (« le score de ta motion à Reims multiplié par le carré du score de celui que tu as soutenu aux primaires = X postes au bureau national et X secrétariats nationaux), Martine Aubry ait souhaité laisser derrière plus d’amis ou d’alliés que d’opposants, que certains ministres aient voulu compter leurs forces au sein du parti ou que Jean-Marc Ayrault ait voulu garantir l’unité de son gouvernement. C’est dans l’ordre des choses et chacun agit en se disant qu’au fond ça va lui simplifier la vie et que  c’est mieux pour le PS.

Je le fais car ce qui est véritablement choquant, c’est que collectivement nous puissions continuer à considérer cela comme normal, comme presque bien, que nos mœurs, nos statuts, notre organisation, notre calendrier, presque notre victoire, débouchent sur un congrès qui fait fi de la transparence et d’une exigence démocratique que les premières primaires citoyennes avaient rendues presque évidentes, pour remettre la cooptation au cœur du jeu politique qui se passe tout entier dans la rue, enfin dans les rues, celles de Solferino et de Grenelle. Ne parlons pas de  Corée du Nord, tout ce qui est excessif étant insignifiant.  Il  y aura un vote, chacun s’exprimera, d’autres motions, ni « majoritaire », ni « présidentielle » auront voix au chapitre. Mais chacun sent bien au fond de lui que les débuts de ce congrès de Toulouse ne sont pas à la hauteur de la séquence précédente et que le PS  faillit à ses propres exigences sans que personne ne l’ait vraiment voulu mais sans que beaucoup s’y soient opposés.

Je le fais car je considère que ce qui a été le levain d’une véritable unité au sein du Parti, c’est moins une soudaine et miraculeuse harmonie idéologique ou une mise au frigidaire tout aussi miraculeuse des appétits, ou disons des ambitions, qu’un processus de désignation des candidats à la présidentielle, clair, juste et efficace politiquement puisqu’il a permis la victoire de François Hollande. Ce moment précieux, cette petite révolution,  je voudrai qu’il continue à produire des effets et irriguer le parti de son esprit. Je crois que l’on n’en a pas tiré toutes les conséquences politiques et institutionnelles alors qu’il appelle une refonte globale du fonctionnement du PS.

Je le fais par ce je crois qu’un parti utile aux Français, c’est d’abord un parti qui continue à débattre, c’est un parti capable d’être à l’écoute de la société dans son ensemble et donc en mesure de rendre compte des espoirs, de la confiance mais aussi de l’exigence rude dont elle fait preuve à l’égard de la Gauche, c’est un parti qui soutient bien sûr l’action du gouvernement qu’il a conduit au pouvoir, mais qui le précède dans la définition de perspectives à plus long terme pour préparer l’avenir et le deuxième ou troisième souffle dont une gauche qui se veut durable aura besoin. Un parti ni godillot, ni trublion, mais un parti qui ne soit pas l’antichambre verrouillée des ors de la République mais  un vestibule ouvert  sur tous les corridors de la société française.

Je le fais parce que j’ai parfaitement conscience des difficultés dans lesquelles se trouve la nation tout entière et partant de la rude tâche du gouvernement et donc du rôle nouveau et important que le parti doit jouer aujourd’hui. D’aucuns disent que les Français se préoccupent peu du fonctionnement interne du PS et qu’ils ont d’autres chats à fouetter. Il est vrai que la séquence qui s’est terminée à la Mutualité mercredi 12 septembre  ne les y pousse pas beaucoup. Mais je n’en suis pas si sûr et c’est faire injure aux 3 millions de sympathisants qui se sont déplacés que de le penser. Bien au contraire, en ces temps difficiles où les gens ont besoin de croire à nouveau au politique, la manière compte autant que le résultat.  D’autres laissent entendre qu’il faudrait mettre l’appareil sous le boisseau au prétexte qu’il a accompli son rôle historique et que le gouvernement gouverne. C’est tout le contraire. Par gros temps, nous avons besoin d’un parti uni certes mais aussi  vivant et intrépide au risque sinon d’un soutien de pure forme au quinquennat de François Hollande.

Je le fais car à l’heure où nous formulons, comme le fit  Martine Aubry lors de son dernier et beau discours de La Rochelle,  une exigence démocratique forte, avec l’appel au rejet du cumul des mandats décidé lors de notre convention de la rénovation de 2010, allant à l’encontre d’habitudes anciennes, de mœurs patriciennes qui trouvent des défenseurs jusque dans nos rangs, il me paraît difficile que le Parti ne continue pas sa mue et sa modernisation, vers plus de délibération, vers plus de transparence, vers plus de représentativité, vers plus de participation, vers plus de responsabilités devant les militants pour ceux qui nous représentent et vers moins d’establishment, moins d’arrangements, moins de coalitions artificielles, moins des compétitions larvées et permanentes faute de transparence institutionnelle à tous les niveaux et moins enfin d’élitisme aristocratique dans notre conception du leadership.

Je le fais car je veux que Toulouse soit mon congrès, soit le vôtre, car la  première signataire est une  jeune militante (François Hollande n’a-t-il pas mi au cœur de son programme la jeunesse), Constance Blanchard (http://www.dailymotion.com/video/xthvzm_constance-blanchard-presente-sa-motion_news), qui incarne à merveille cette génération qui met beaucoup de détermination à trouver sa place dans la société et qui a pleinement la sienne  dans notre parti sans pour autant chercher là un emploi d’avenir, car notre motion regroupe des gens aux parcours et aux appartenances diverses au sein du PS mais qui sont tous porteurs d’une exigence de renouvellement profond de son fonctionnement et soucieux de l’exemplarité dont il doit faire preuve au sein du jeu démocratique républicain. Je le fais car si la rénovation a été souvent le masque des ambitions ou le prétexte à la continuation des petites guerres des courants, la motion Toulouse Mon Congrès est porteuse d’une vraie vision pour le Parti Socialiste de demain, celui qui sera comptable à sa façon de la réussite de la Gauche au pouvoir, celui en qui les Français ont placé leurs attentes, celui qui pour changer la société doit continuer à se changer, maintenant.

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