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Moi j’aimais bien Denisot !


denisotN’en déplaise à Pourriol, moi j’aimais bien Denisot. Dans son costume sombre, impassible et grave au milieu des paillettes, tout glissait sur lui, et pourtant le Grand Journal s’ordonnait autour de sa figure tutélaire  tout comme les puissants et les importants qui soudain lui donnaient du «Michel». C’était Châteauroux qui regardait la France, la province qui calmait Paris, c’était à la fois le boss qui vous dit qu’il faut finir votre phrase parce que c’est l’heure du zapping et celui qui pose la question qui allait de soi et qu’on avait oubliée. Adepte d’une forme de jansénisme télévisuel, il ne draguait pas la miss météo pas plus que le téléspectateur et au fond ne jouait pas le gars sympa, ce qu’il n’était pas.  Plutôt une sorte d’Alceste qui aurait fini par consentir au monde sans en être complétement dupe. Il ne cherchait pas à briller, à être plus drôle, plus intelligent ou plus fin que ses invités ou ses chroniqueurs. Autodidacte, il ne faisait pas la leçon mais cherchait encore à apprendre. Brechtien, distancié, il avait compris qu’il suffisait d’être là,  de se taire plus que de parler, de regarder la caméra droit dans les yeux sans en rajouter, de sourire plutôt que de rire. Sans lui, l’hystérie Canal serait vite devenue insupportable et le Grand Journal irregardable. Simple, de plain pied, ferme aussi, il avait une réserve qui ne s’en laissait pas compter et finissait pas donner  l’impression de ne pas faire complètement semblant dans le monde des faux-semblants cathodiques. Denisot, c’était la télévision relue par Kantorowicz, c’était les deux corps de l’animateur qui donnait son âme au show en laissant ses états d’âme au vestiaire, c’était le point central autour duquel tout peut se défaire, l’œil serein du cyclone. Même son départ est dans sa manière : on sent qu’il  n’en fera pas trop.  Bye bye Denisot.

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  1. Dumoulin
    20/06/2013 à 505 42

    Superbe. Avec JMG le monde des médias a trouvé son Bossuet, même si Dieu merci Denisot reste bel et bien vivant.

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